Nov 14 2018

Défiance et Réseaux Sociaux mamelles de la Société Incivile

Cet article des Echos n’est pas tout à fait du jour mais il est très d’actualité …..hélas

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Oct 26 2018

Enfin un article sérieux stratégique autant qu’humain sur l’immigration

Elie Cohen : Les migrants et l’écosystème migratoire

Le débat qui s’est instauré entre Stephen Smith et François Héran à partir du livre de ce dernier, La Ruée vers l’Europe, portant sur l’immigration subsaharienne, et dont Olivier Galland a rendu compte sur Telos, porte essentiellement sur la « masse critique » d’Africains ayant atteint un niveau de prospérité tel que la migration vers l’Europe s’en trouverait accélérée. Je voudrais revenir sur les développements de Smith en changeant le regard porté communément sur le phénomène de l’immigration, c’est-à-dire en cessant de le penser sur le mode compassionnel, en évoquant les miséreux qui se saignent au profit de passeurs pour traverser la Méditerranée au risque d’y perdre la vie, ce qui est vrai mais qui n’est qu’une partie de l’histoire et accepter de l’appréhender comme un choix calculé, collectif, appelé à croître à la mesure de la croissance et du développement africain.

Ce n’est pas la misère du monde qui jette sur nos côtes les plus démunis mais ce sont les jeunes les plus ouverts, les plus formés qui tentent l’aventure migratoire. S’il fallait styliser cette observation on aurait recours à un U inversé. Lorsqu’on est trop pauvre, trop miséreux et que le seul horizon est la survie, on n’entreprend pas un grand périple pour aller vers l’Europe. À l’inverse plus l’économie décolle, plus les jeunes ou leur entourage peuvent accumuler quelques revenus monétaires, plus ils disposent d’une formation et plus leurs horizons s’ouvrent et plus le choix migratoire devient possible. Il arrive toutefois un moment où les départs plafonnent car les opportunités locales d’enrichissement dans le maintien des enracinements familiaux dominent. Puis les départs décroissent fortement jusqu’à devenir marginaux quand la prospérité gagne et que les opportunités locales sont mises en balance avec la galère de la migration.

Ce n’est pas un acte de désespoir mais c’est un risque calculé. Stephen Smith a raison de rappeler que le migrant économique est héroïque dans sa tentative de rejoindre l’Europe, qu’il est prêt à affronter les périls de la traversée, des sévices des polices locales, mais qu’il est à la recherche de meilleures chances de vie et qu’il estime que l’Europe plus que son pays est à même de les lui offrir.

Ce n’est pas un geste individuel mais il repose sur un écosystème exigeant. Ce n’est pas un arrachement d’individus mal informés. Le lien avec la famille qui finance et la communauté qui accueille est vivace. Investir dans la traversée, dans le financement des passeurs est une tâche qui se prépare de longue date et qui suppose un retour sur investissement. Le migrant subsahélien, quant il réussit, constitue une tête de pont, il peut envoyer de l’argent, faire venir sa famille. Il peut même s’organiser avec d’autres concitoyens pour organiser la solidarité voire le développement économique avec la communauté ou le village d’origine.

Ce n’est pas un geste impulsif mais une stratégie informée. Les risques sont en Afrique, pas en Europe. L’analyse que Stephen Smith fait des risques sanitaires en Afrique et à l’inverse de la couverture qu’offre un système de santé occidental pour les mettre en balance avec le risque de périr en mer que prend le migrant est éclairant : même la prévention du risque vital conduit à préférer l’Europe à l’Afrique : « Le risque de périr en traversant la Méditerranée dans une embarcation de fortune était en 2015 de 0,37%. La même année le risque de mourir en couches était de 1,7% pour une femme au Sud soudan… soit un risque 4,5 fois plus grand. » Facteur aggravant pour la mise en mouvement des populations du Sud vers le Nord, le stress écologique qu’il est difficile de prévoir mais qui fabriquera des « réfugiés verts ».

Ce n’est pas non plus une initiative de jeunes Africains qui par une ruse de l’histoire régleraient les problèmes d’emploi de pays européens en déclin démographique. A l’horizon 2050 qui peut dire ce que sera l’impact en termes d’emploi des révolutions du numérique, de la robotique, et qui peut soutenir que l’apport massif de populations subsahériennes contribuera à régler les problèmes de qualification, de chômage… que les Européens connaîtront alors ? On ne peut pas non plus soutenir que les migrants au péril de leur vie viennent régler nos problèmes de retraites car par leur labeur, ils permettraient aux retraités européens de bénéficier de leurs cotisations. Car c’est oublier qu’à leur tour ils vont vieillir et qu’ils auront besoin eux aussi de la solidarité des actifs.

Alors que faire ? Une fois fait le double constat, bombe démographique d’un côté, attrition des populations européennes de l’autre, cinq stratégies sont envisageables selon Stephen Smith.

Le scénario Eurafrique voit les jeunes Africains insuffler un sang neuf à des populations européennes vieillissantes et déclinantes. L’Europe s’accepterait pleinement comme une terre d’immigration et embrasserait un métissage généralisé qui serait du reste déjà à l’œuvre. L’image de cet avenir eurafricain est déjà inscrite dans la géographie de villes ou de quartiers européens, que l’on songe à Bruxelles où dès 2000 la moitié des enfants nés étaient des enfants de parents immigrés et les musulmans représentaient un quart des habitants de moins de 25 ans. L’Allemagne, en ouvrant grand les portes de l’Europe aux réfugiés syriens, aurait consacré ce triomphe de l’universalisme humaniste. Mais ce scénario fait fi des vagues de colère exprimées dans les urnes qui ont bouleversé l’Europe, d’abord au Royaume-Uni puis en Italie et ailleurs, creusant le fossé entre élites cosmopolites et populistes nativistes. Du reste l’Allemagne, qui se rapprochait le plus de la définition du pays riche, vieillissant, ayant besoin de se renouveler par l’apport migratoire, a été la première à renoncer à la culture de bienvenue et à refermer ses portes. Plus généralement comme l’enseigne l’exemple américain un pays d’immigration ne peut avoir de système de protection sociale large et généreux, « l’état social ne s’accommode pas de portes ouvertes » ajoute Smith.

Le deuxième scénario, celui de l’Europe forteresse, est celui qui nous guette tant le réflexe de fermeture gagne les esprits, mais il est difficile à soutenir sur la durée tant il est contraire à nos valeurs. L’explosion des demandes d’asile est le terrain sur lequel se gagnera ou se perdra la bataille pour les valeurs. Selon Eurostat 80% des demandes d’asile ont été rejetées en 2016. Les flux constatés depuis 2015 tiennent moins aux guerres, aux malheurs du monde qu’à l’aspiration de jeunes Africains à un avenir meilleur. Paradoxalement l’Europe forteresse vis-à-vis des migrants économiques serait celle qui pourrait garantir le droit des réfugiés comme droit humain. L’Allemagne mais aussi l’Italie ont tari les flux de migrants à partir de 2016 en négociant avec la Turquie pour la première et la Libye pour la seconde des accords qui permettent de fixer les populations avant leur arrivée en Europe et d’équiper les pays de transit d’équipements de protection des côtes. Mais pour Smith ces stratégies ne sont pas à la hauteur de la vague qui s’annonce.

Le scénario de la dérive mafieuse nous guette avec le développement de la traite migratoire, notamment de femmes africaines promises à la prostitution dans les villes européennes.

Pour couper le mal à la racine, certains pays européens pourraient être tentés par le « retour du protectorat », la stratégie consisterait à pactiser avec certains régimes africains pour leur sous-traiter la maîtrise des flux en échange de contreparties économiques (co-développement, intégration dans les chaines de valeur européenne) et politiques, voire de passe droits pour les élites locales. Ce serait déjà le cas du Maroc et de la Libye.

Dernière stratégie, celle qui mêle à des degrés divers différents outils pour fixer les populations hors d’Europe, pour stopper les flux, pour opérer un tri en amont des migrants. L’Espagne est un bon exemple qui a su gérer des flux de migrants très importants lorsque sa croissance accélérait et qui a réussi lorsque la crise est survenue à limiter drastiquement les flux.

Que conclure ?

Le scénario mexicain est au cœur des polémiques sur l’avenir de la pression migratoire. Selon que l’on estime que l’Afrique est à la veille d’une forte accélération de son revenu par habitant ou pas, ce qui suppose une transition démographique gagnant l’ensemble des pays ou pas, la perspective décrite par Stephen Smith prend corps ou pas. L’essai de Smith n’est pas marqué du sceau de l’afro-optimisme. Toute une littérature célèbre à l’envi la ferveur créatrice des entrepreneurs africains, le bourgeonnement des startups, les innovations d’usage dans les mobiles et les paiements. Ce réveil de l’Afrique que n’aurait pas anticipé l’Europe fait que des places se prennent pendant que l’Europe s’interroge avec Smith sur la jeune Afrique « en route vers le vieux continent ». Le premier mérite de ce livre est de montrer que le développement n’est pas incompatible avec l’accélération de la migration, au contraire. Dans les flux migratoires observés aujourd’hui et nettement réduits depuis 2015, la composante migration économique d’origine africaine est en nette progression.

Les « scénarios alternatifs » que décrit Smith ne sont en fait que les éléments d’une réalité complexe qui mêle évolution eurafricaine de certaines villes et quartiers, développement d’une économie mafieuse de la traite, fermeture des frontières européennes et sous-traitance de la gestion des flux à des pays méditerranéens. Ces réalités ne sont pas incompatibles avec des politiques de co-développement, avec une stratégie africaine intégrée de la part de l’Europe, avec une approche sélective des migrations économiques, avec une approche plus libérale en matière de visas et de courts séjours. Imaginer des alternatives à l’installation permanente, fondées sur des allers-retours conciliant travail et maintien d’un ancrage dans le pays d’origine, est une piste qui mérite d’être creusée.

L’accueil des réfugiés est une obligation légale et une valeur essentielle de l’Europe, il faut la préserver. La politique migratoire d’un pays est du ressort de ses autorités légitimes, elle est fonction de ses intérêts économiques et de la protection de sa cohésion sociale. Elle ne saurait donc être le résultat d’une action d’ONG prônant au nom de l’ouverture ou d’une idéologie anti-frontières l’accès inconditionnel des migrants à l’Europe. Défendre une telle position, c’est non seulement programmer l’arrivée au pouvoir de mouvements nativistes et extrémistes, c’est mettre en péril la protection sociale et dérégler le marché du travail.

L’Afrique a pris son envol, des pays africains développent une stratégie africaine de développement comme le montre le cas du Maroc. Cette stratégie peut s’accompagner d’une politique agricole qui fixe les populations comme le montre les projets de l’OCP en Ethiopie où la recherche d’eau a permis le développement de cultures et donc a assuré du travail pour les agriculteurs. L’Europe peut accompagner le mouvement.

Enfin la politique migratoire est un test européen majeur de notre aptitude à traiter la question migratoire dans le respect du droit des réfugiés dépendent nombre de politiques d’intégration qu’il s’agisse des politiques de solidarité ou de sécurité.

    

Oct 17 2018

Lobby : Quand on nous rappelle le bons sens à propos des ONG

Qu’elles sont, d’abord et avant tout, des lobbies. Tout comme les entreprises, les firmes, les multinationales qu’elles n’hésitent pas à dénoncer.

Qu’en aucune aucune manière elles ne peuvent prétendre à l’objectivité qu’on leur prête trop souvent.

Que pas plus elles ne peuvent se prévaloir d’un mandat populaire vérifiable ni sanctionnable.

Pourquoi alors leur audience ? Tout simplement parce qu’elles ont compris depuis longtemps, se sont construites développées en jouant sur la suspicion créée, répandue, entretenue par tous ceux qui suspectent « le ou les pouvoirs » en place, en oubliant qu’ils sont, surtout dans nos pays,  et toutes leurs imperfections, eux, élus, sanctionnables et révocables par les citoyens dans les urnes.

Comment le font-elles oublier ? Sans doute grâce à la collusion avec tous ceux qui ont des comptes à régler avec ce « pouvoir » qu’ils n’ont pas obtenu ou qu’ils jalousent.

Le plus discutable : la plupart des ONG demandent, exigent, des financements publics. De ceux qui sont précisément votés par les mêmes qu’ils dénoncent ensuite sans vergogne, des organises internationaux à l’UE, régions et mairies. Pour taper ensuite dessus, dans un beau concert médiatique comme cela se passe par exemple sur les opérations de secours en Méditerranée, financée par l’Europe mais qu’elles n’hésitent pas à dénoncer.

Sans aller jusqu’à rêver de réussir changer la culture ancestrale de « la méfiance pour le pouvoir qui corrompt naturellement », héritage du populisme religieux, continué par la vulgate marxiste prolétarienne et dont le flambeau a été repris par la sphère écologiste, on peut au moins demander à ceux qu’on finance de rendre publics,:

-leurs rapports d’activité,

-leurs financements complets et détaillés

-leur fonctionnement et leur management

Pour aller plus loin  l’article de M. Cordiez GREENPEACE ou L’ECOLOGIE PARTISANE en cliquant ici 

 

 

 

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