Entreprises : Les profits sont-ils nécessaires ?

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Pour la plupart de ceux et celles qui gravitent dans nos sphères habituelles, la question a un air carrément saugrenu, voire complètement déplacé.

C'est que depuis la grande vague marxisante des années on sait maintenant, expériences réalisées en grandeur nature avec l'échec de ces pays du "socialisme réel", que, sans profit obtenu grâce à l'ensemble de l'appareil de production, une société ne peut évoluer.

Concrètement, elle ne peut rien offrir de plus à ses concitoyens. au mieux c'est figé mais dans les faits ça se détériore parce que ça vieillit.

Côté romantique écolo, cette illusion s'appelle "la croissance Zéro". C'est pareil, au mieux on bloque sur une situation donnée sans espoir de rattrapage pour les moins favorisés par exemple.


Bon, donc les profits sont nécessaires. Au lieu de jeter le bébé avec l'eau du bain, le valeureux socialisme radical à la française aurait mieux fait de mettre à l'ordre du jour de ses congrès les seules questions qui vaillent :

  • Sur quels facteurs joue-t-on pour obtenir ces profits ? Masse salariale, renouvellement de l'outil de travail, coûts de production
  • Qu'en fait-on ? Notamment quel partage entre consommation immédiate, investissements et rémunération des apporteurs de capitaux
  • Qui en décide ?

Mais ça, c'est carrément du réformisme et jusqu'à peu c'était interdit de séjour à gauche.
Encore maintenant, ils s'en trouvent qui ne peuvent quitter ces vieilles lunes.
Ce sont souvent les mêmes qui affirment tranquillement, quand on parle argent et budget, qu'il n'y a pas besoin de chercher ailleurs parce "y a un trésor caché" . Où ça ? Ben dans la poche des patrons pardi. Donc, s'il y a des problèmes, pas dur, suffit de ponctionner les entreprises.

Deux infos en tableaux, en provenance de l'Insee et d'Europa ci-dessous pour tordre le coup à ce genre d'affirmations à l'emporte pièces :

En 1er la marge nette (l'excédent, base du profit donc) des entreprises françaises dans le temps. Et, pour enfoncer le clou, la comparaison UE aussitôt après.

On le voit, en 13 ans cette marge a perdu 10 points dans l'industrie et 5 dans les services.
Globalement, comme on le voit, dans la comparaison UE, nos entreprises ont une marge inférieure de 7 points par rapport à la moyenne européenne.

Comment ne pas s'étonner du déficit d'investissements dont elles souffrent et qui pèse si lourdement sur notre incapacité à décoller de la stagnation que nous vivons ?

Bien sûr il suffirait de repartir vers la case départ pour dire que tout ça c'est la faute des patrons, incapables, et qui pompent allègrement leurs entreprises.
Les dividendes outrageants et les rémunérations exagérées existent. Mais ils n'expliquent pas l'ampleur de la chute qui perdure et même s'accentue.

Évidemment, l'atonie de l'économie en rajoute mais il faut surtout regarder du côté des coûts de production et des charges, oui de l'importance des charges, qui pèsent sur les entreprises.
Et non, y remédier en diminuant leurs contributions, ce n'est pas un cadeau : il est urgent de revoir l'équilibre de ces coûts sociaux qui datent de 70 ans maintenant pour donner de l'air aux entreprises.

Les coûts sociaux c'est de la dépense pour les personnes et de la solidarité : ça doit relever des revenus (tous les revenus) et des impôts (tous les impôts).
Les entreprises, capitalistes ou pas, doivent, elles, faire de la marge. Et il revient normalement à la négociation de fixer les niveaux, y compris ceux de redistribution.


Ce n'est pas parce que cela est une autre paire de manche du fait de la faiblesse des syndicats, des oppositions patronales et toutes autres excuses pour ne pas en discuter qu'il faut oublier l'essentiel : il faire davantage de marge.

Sans quoi, c'est sûr, on pourra toujours relancer avec du pouvoir d'achat (si on en trouve), ce ne sont pas nos entreprises qui en profiteront mais celles de nos voisins dont la compétitivité continuera à nous damner le pion.

Et allez, cadeau : un petit sourire pour la route

Chômage : La paille et la poutre

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Chômage : La paille et la poutre
Record de chômage. Historique même nous dit-on.

Ah! la belle bronca qui remonte : c’est la faute à l’État, c’est la faute aux patrons, c’est la faute à l’Europe. C’est la faute aux autres mais surtout pas ma faute à moi.
En tous cas c’est, tous chiffres compris, dix millions de paires de bras et autant de cerveaux inemployés et bien plus, hélas de vies, de couples, de familles en panne sinon brisées.

Toutes les voix convergent au moins sur un point : c’est la croissance qui manque.

Mais quand l’État se décide à relancer l’activité grâce à quelques économies, c’est chaque catégorie touchée qui crie à l’assassinat et monte au créneau pour défendre ses intérêts particuliers.

Pareil côté patrons et entreprises : il ne suffit pas de dénoncer les salaires des PDG, il faut aussi regarder leurs résultats,et ceux-ci sont clairs : c’est vrai que les marges des entreprises stagnent, voire baissent depuis plusieurs années selon les chiffresmêmes de l'Insee.

Incurie ou prélèvements indus ? Facile à dire, surtout quand on n’est pas aux manettes et qu’on ne veut rien changer.

Est-il normal qu’on accepte encore, 70 ans après l’instauration de la sécu dans un contexte de main-d’œuvre et de concurrence complètement différents, que les charges sociales pèsent encore sur le travail plutôt que sur les revenus. Ceux de tous : petits comme gros y compris des retraités à l’aise qui pompent les ressources que leurs enfants rêveraient pouvoir partager.
Facile à dire, surtout quand on ne veut pas regarder ses propres avantages et privilèges.

Parce que côté syndicats, il faudrait aussi regarder les choses en face et arrêter de n’être que des groupements de défense de privilégiés. Privilégiés de l’emploi, de conditions de travail, de salaires car, il faut bien s’en rendre compte, les négociations collectives se limitent de plus en plus à favoriser les insiders par rapport à ceux qui regardent leurs caddies passer. Et sur ce point les plus radicaux d’entre eux sont certainement les plus pratiquants.

Alors Plan de Relance, croissance, oui, 10 fois d’accord. Avec l’effort de tous qu’exige l’étendue du désastre et des détresses et qui comprend :

  • Un prélèvement exceptionnel de 10% sur l’épargne où nous sommes champions du monde comme le montrent les dernières publications de l'OCDE ci-contre, avec un taux moyen de 16 % des revenus…..et qui monte, selon l’étude de l’Insee sortie ces derniers jours, jusqu’à plus de 30 %, au fur et à mesure de leur progression. Jusqu’à quand ? Jusqu’à atteindre de nouveau le taux de croissance au fameux niveau de 1.5% du PIB sans lequel on ne crée pas d’emplois.


  • Une contribution exceptionnelle pour les entreprises, oui pour les entreprises, dont l’affectation ne sera cependant effective que si elle est obligatoirement négociée, en interne, avec des élus, oui des élus par les salariés seuls, et uniquement eux. Bien entendu, les syndiqués pouvant évidemment se présenter aux suffrages de leurs collègues comme tour le monde.


  • Et pour parfaire ces deux mesures d’urgence, un engagement à doubler cette contribution, en cas de bilan positif des résultats et de l’emploi, quel qu’il soit, au bout d’une année.

Chiche, on y va, au lieu de la vindicte convenue pour décharger sa propre conscience et son manque de responsabilité ?

 

le classement complet de l'épargne dans le monde en cliquant ici.

Salaires excessifs : entendement dépassé, découragement assuré ...

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Or donc, c'est le très sérieux Economy Institute Policy new-yorkais qui l'a sorti début Juin : depuis 1978, le salaire des PDG des plus grandes entreprises américaines a crû de 937% .

Oui, bon,vous direz mais c'est sur une durée de 35 ans quand même. Certes, mais, sans même s'encombrer de calculs compliqués sur le montant réel des augmentations sur les augmentations, ça fait une progression moyenne de 26,77% par an.
Pas mal, surtout que 1978 c'est le début du serrage de vis des salaires, plans de rigueur et autres blocages plus ou moins temporaires de salaires au motif de la crise avec un grand C, avec laquelle on n'en a jamais vraiment fini depuis.

Oui, mais c'est en Amérique dira-t-on. C'est vrai, mais là aussi, les études disponibles nous disent que si le salaire des patrons français est inférieur de moitié environ à celui de leurs homologues yankees, ils ne sont quand même pas négligeables :

Quant aux plus grands d'entre les grands, ils ne sont pas en reste non plus. Qu'on en juge.

Bien sûr, dans les plus petites entreprises, on n'atteint pas ces niveaux mais c'est pas mal quand même selon la dernière étude de l'INSEE avec des chiffres de l'ordre de 10 000€ mensuels il y a presque 10 ans, date de la dernière publication sur le sujet . Ce sont bien sûr les chiffres des seuls salaires qui ne prennent pas en compte les avantages divers mais extrêmement fréquents quelle que soit l'importance de l'entreprise : voiture, carburant, logement, séjours-formations-détente, etc,

Selon la même étude d'EPI, le différentiel entre l'évolution des salaires de ces hauts de panier et celui des salariés lambdas américains se présentent comme suit :

Au cas où vous auriez un doute, la courbe se lit comme ceci : dans les années 70, le salaire moyen d'un PDG était de 20 fois celui d'un salarié, également moyen. Il est rapidement monté à 50 puis 80 et jusqu'à 383 fois cet écart au début des années 2000, c'est à dire toutes les années de fortes offensives ultralibérales, Ecole de Chicago, Friedman, Kessler, Seillières, Tatcher, etc. Pour retomber, osera-t-on dire à un peu moins de 300 en 2010 bien qu'on y soit, de nouveau, sur une pente ascendante selon les dernières tendances.

Rappel : Jean Peyrelade lui-même, parrain du capitalisme français de bon aloi, défendait qu'une limite morale de cet écart se situait autour d'un écart de 1 à 20 entre le plus haut et le plus bas salaire d'une enteprise ....


On ne fera pas de cinéma et on sait bien qu'il fait payer les talents pour les obtenir et les retenir. Mais quand même, avec de tels écarts, il ne faut pas s'étonner du manque d'allant pour se serrer les coudes, tous ensemble, quand il le faut.

Bon allez, là, à gauche, on rigole, en restant cependant conscient qu'il y en a qui n'y arriveront pas.

Pour les curieux, la dernière stat dispo de l'INSEE sur les salaires moyens des quelques 3 millions de chefs d'entreprises en France, c'est à dire la moyenne des presque 2 millions qui n'ont aucun salarié, au reste qui va jusqu'à 100 ou 200 000. C'est par ici et par secteurs professionnels.

 

 

Une pub qui ne grandit ni les employeurs ni le dialogue social

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Sa lecture en pleine page du Monde du 12 juin dernier, entre autres, est étonnante.
cliquer pour agrandir et/ou télécharger.

Pourquoi ?
Parce qu'oser faire autant preuve de mauvaise foi relève soit de la méconnaissance la plus crasse des capacités d'évaluation moyenne de nos concitoyens, soit du dédain le plus absolu pour ce groupuscule patronal de quelques dizaines de membres qui n'hésitent cependant pas à se distinguer en s'auto-proclamant "entreprises de croissance" comme si les autres ne l'étaient pas......


Sur le fond, si on peut dire, plus c'est gros plus ça voudrait passer. Qu'on en juge :

1/Obligation d'informer : Ainsi donc informer les premiers intéressés des évolutions de l'entreprise, projets de vente ou autre, serait dangereux. On ne peut pas le dire plus crûment : Non à la transparence, Oui au bon vieux secret des affaires. Comment peut-on, au 21ème siècle, faire preuve d'autant de mépris pour ceux qui sont ainsi réduits à rien d'autre qu'une main-d'oeuvre priée de se taire sans autre droit que de subir. On est bien loin de ces "partenaires" ardemment souhaités dans certaines déclarations patronales plus policées.

2/Temps partiel minimum à 24h/semaine : alors qu'il s'agit d'augmenter le temps de travail, cette mesure "ralentirait les embauches". Allez comprendre. A moins que le modèle de créations d'emplois, pour ces modernistes, consiste à embaucher pour des tranches horaires de plus en plus fine. Autant dire carrément que nos signataires sont des farouches partisans du "zéro" horaire britannique qui permet d'avoir des salariés à disposition sans aucun préavis et à les débaucher aussi vite ....

3/Le compte pénibilité serait une usine à gaz, écrivent-ils, "effroyable". On en tremble... d'effroi. De quoi s'agit-il en fait ? Ni plus ni moins que tagguer, chaque trimestre, les salariés soumis à une liste de conditions de travail précisées. Et leur attribuer des points convertibles en temps de formation, en allégrement de temps de travail de fin de carrière ou en anticipation (minime) de départ en retraite. C'est à dire, au bout, pas plus difficile que de pointer des heures de travail ou vérifier des niveaux de qualité.

4/La réforme de l'Inspection du Travail : inadmissible ? Pourquoi ? Parce que lesdits inspecteurs pourraient dresser directement des PV, comme tout inspecteur dans les autres domaines ? Au lieu de devoir passer par 10 réprimandes avant 1 mise en garde, 10 mises en garde avant 1 PV et 10 PV, sinon plus, avant suivi -éventuel- par le procureur.... C'est vrai que ces inspecteurs sont des vrais empêcheurs de tripatouillages en tous genres pour ces dignes continuateurs du 19ème pour qui règlement égale entrave.

5/La limitation du nombre de stagiaires en même temps dans l'entreprise qui irait à l'encontre du propre intérêt des jeunes ? Ah bon, ils leur ont donc demandé d'intervenir leur faveur ? On a pourtant davantage le souvenir de réactions de ras le bol de ces petits jeunes à qui on peut tout demander sans payer en leur faisant miroiter au moins un CDD parce que l'embauche, quand même, c'est beaucoup trop.

Enfin, on se demandera combien coûte la page et qui l'a payé ?
Les entreprises ?
Ah bon. C'est à dire par prélèvement sur la valeur ajoutée gagnée par le travail de tous.
Après quel débat et quelle information aux salariés qui en sont quand même les principaux fabricants ?

Les syndiqués ne sont peut-être pas nombreux mais au moins, eux, ils paient leur cotisations sur leurs revenus, pas sur ceux des patrons.

Apparemment ces modernistes à tous crins, sans même aller jusqu'à évoquer l'honnêteté, n'ont pas la même pudeur.

Sans libertés individuelles pas de révolution industrielle

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Pour mettre à bas le régime exsangue, dans une France endettée jusqu’au cou, les révolutionnaires de 89 ne s’y étaient pas trompés : la liberté n’était pas seulement un droit fondamental de la personne humaine, elle seule permettait de remettre en route l’initiative et la machine économique.

Deux ans plus tard, ils enfonçaient le clou en supprimant tous les obstacles à la liberté d’entreprendre issus des multiples groupements et organisations qui réglementaient l’exercice des activités professionnelles et économiques de l’Ancien Régime.

L’application de cette interdiction a été brutale et radicale. Refuser de s’y soumettre était purement et simplement considéré comme contre-révolutionnaire avec le sort que les tribunaux populaires leur réservait dans ces premières années d’une république peu assurée d’elle-même et menacée de l’extérieur.

Malgré tous les excès auxquels cette interdiction a donné lieu -qui constituent sans doute l’origine du refus durable pour toute une partie de la population de se reconnaître dans cette république « bourgeoise »- elle est sans conteste à l’origine de l’explosion des techniques et de l’éclosion de l’économie moderne du XIXe siècle.

Redisons-le cependant : le raidissement des nouveaux possédants sur ces facilités d’action sans entraves réglementaires a eu des conséquences à la fois tragiques pour ceux qui les ont subies mais aussi politiques pour l’ensemble de notre société.

Il a fallu attendre presque 100 ans pour obtenir enfin le droit de négocier et de s’organiser et 150 ans pour la mise en place d’un système de protection sociale dont les Allemands, eux, bénéficiaient depuis longtemps. Comment dès lors s’étonner des difficultés à nous rassembler, encore aujourd’hui, autour d’un projet national commun et de préférer rejouer les délices de l’affrontement plutôt que la force de la coalition ?

Instruits des excès, on peut cependant se demander si aujourd’hui, dans la langueur qui nous poursuit, alors que partout en Europe on repart, il ne faudrait pas, une nouvelle fois, limiter ces « corps intermédiaires » de toutes sortes qui ont de nouveau proliféré, entre syndicats, organisations professionnelles, associations et groupes de toutes sortes.

Certes, cette spécificité française a de bons côtés par la vitalité qu’elle apporte à la vie sociale. Mais que dire de ces multiples représentations plus ou moins spontanées, groupes, comité de défense, lobbies de toutes sortes qui s’élèvent, du plus petit local au national dès qu’une initiative, un projet, une proposition gêne les avantages ou la situation de quelques-uns ?

On a l’impression que plus rien ne peut se faire aujourd’hui dans notre pays sans déferlement de ces expressions qui s’élèvent « contre » de partout dès qu’on veut agir.

Evidemment, plus personne ne songerait sérieusement à remettre en cause la liberté individuelle ni celle de s’organiser.

Mais n’est-il pas temps d’affirmer que l’intérêt général ne peut se construire par l’entassement de multiples particularismes et groupes apparentés ?

Là aussi il faudrait revenir aux sources de la République en affirmant que seule la démocratie élective est légitime pour en décider. Et qu’une fois qu’elle a tranché, que l’appliquer s’impose à tous. A défaut de quoi c’est le risque de paralysie de la nation et du recul de la citoyenne

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